La Commission européenne assouplit le cadre des aides d’État pour soutenir les investissements nécessaires à la transition verte au sein de l’Union européenne

 

En riposte aux mesures protectionnistes de soutien public récemment adoptées par les États-Unis, la Commission européenne (la « Commission ») a d’abord présenté le 9 mars 2023 un nouvel assouplissement, ciblé et temporaire, du cadre des aides d’Etat. Son objectif est de stimuler les investissements nécessaires à la transition vers la neutralité carbone et éviter que les entreprises ne délocalisent leur activité en dehors de l’Union.

Cet assouplissement se décline en 2 volets :

  • – une révision ciblée du Règlement (UE) n°651/2014 déclarant certaines catégories d’aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne (le « RGEC » – disponible ici en version anglaise uniquement), et
  • – l’adoption d’un nouvel Encadrement temporaire de crise et de transition (« ETCT » – disponible ici) visant à clarifier, faciliter et accélérer, de façon ciblée et temporaire, les mesures de soutien des États membres dans des secteurs stratégiques pour la transition vers la neutralité carbone.

Cet assouplissement permettra aux États membres de disposer d’une marge de manœuvre plus importante pour soutenir les investissements dans les technologies propres au sein de l’Union européenne (« l’UE ») et d’assurer un accès plus rapide aux financements pour les entreprises exerçant des activités dans le marché intérieur.

En complément de ces mesures, la Commission a également divulgué, le 16 mars 2023, ses propositions de règlements pour une industrie « zéro net » : le « Net Zero Industry Act » (disponible ici en version anglaise uniquement) et le « Critical Raw Material Act » (disponible ici en version anglaise uniquement), dont l’objectif est d’accroître la capacité de production de l’UE en matière de technologies et de produits à zéro émission nette.


 

I. Révision ciblée du RGEC 

Pour mémoire, le RGEC exempte certaines catégories d’aides – selon des conditions qu’il édicte – de l’obligation de notification et d’approbation préalable de la Commission.

Depuis son adoption en 2014, le RGEC a déjà été modifié à plusieurs reprises, notamment récemment pour harmoniser les règles relatives aux aides octroyées par les États membres dans le cadre de programmes européens de financement et faire face aux conséquences économiques du Covid-19[1].

La révision du RGEC du 9 mars 2023, adoptée à la suite d’une consultation publique des États membres[2]simplifie l’octroi de mesures de soutien et élargit les secteurs couverts par l’exemption à des secteurs essentiels à la transition écologique et numérique. Elle permet également d’anticiper les conséquences économiques de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, en particulier dans le domaine de l’énergie.

Plus particulièrement, les nouvelles modifications du RGEC :

  • augmentent significativement les seuils de notification (c’est-à-dire les seuils au-dessus desquels le RGEC ne s’applique pas et l’aide doit être notifiée) pour les aides relatives à la recherche et au développement et à la protection de l’environnement ;
  • accordent une exemption par catégorie aux aides mises en place par les États membres à destination des petites et moyennes entreprises (les « PME ») pour réguler les prix de l’énergie, à hauteur de 2 millions d’euros annuel par bénéficiaire ;
  • renforcent et précisent les règles applicables aux aides à l’investissement dans le domaine de la protection de l’environnement, en particulier pour des projets de décarbonation, d’hydrogène renouvelable, d’infrastructures de recharge de véhicules électriques ou ayant pour objectif d’accroitre l’efficacité énergétique, de l’économie circulaire et des réseaux de téléphonie fixes et mobiles ;
  • facilitent la mise en œuvre des projets de recherche et développement impliquant des bénéficiaires de plusieurs États membres, comme par exemple les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), en réhaussant les intensités d’aide ainsi que les seuils de notification ; et
  • modifient le seuil au-dessus duquel les États membres doivent publier les informations relatives à l’aide accordée.

Ces modifications permettent également d’aligner les dispositions du RGEC avec d’autres dispositions du droit de l’UE, en particulier les lignes directrices applicables aux aides au climat, à la protection de l’environnement et à l’énergie[3].

Enfin, la révision du 9 mars 2023 prolonge la période d’applicabilité du RGEC jusqu’au 31 décembre 2026. Les modifications du RGEC entreront en vigueur dans les prochaines semaines, une fois adoptées formellement et publiées au Journal officiel de l’Union européenne.


[1]     Voir le communiqué de la Commission du 23 juillet 2021  disponible ici.
[2]     Voir le communiqué de presse de la Commission du 6 octobre 2021 – disponible ici.
[3]     Lignes directrices concernant les aides d’Etat au climat, à la protection de l’environnement et à l’énergie pour 2022 (2022/C 80/01).

II. Révision ciblée de l’ETCT

Le nouvel ETCT, adopté à l’issue d’une période de consultation ciblée des États membres, modifie et prolonge l’Encadrement temporaire de crise existant, adopté le 23 mars 2022 dans le contexte de la guerre en Ukraine. Ce dernier avait déjà été modifié le 20 juillet 2022 puis le 28 octobre 2022, afin notamment de faire face aux prix élevés de l’énergie en Europe et d’assurer la sécurité d’approvisionnement.La révision de l’ETCT du 9 mars 2023 vise cette fois-ci à permettre aux États membres, sur le fondement de l’article 107 (3) c) du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (« TFUE »), d’accorder aux entreprises des aides d’État significatives afin de développer et stimuler les activités qui favoriseront la transition énergétique de l’UE.

En synthèse, ce nouvel encadrement :

– prolongejusqu’au 31 décembre 2025la possibilité pour les États membres de mettre en place des régimes d’aides pour (i) accélérer le déploiement des énergies renouvelables et le stockage d’énergie ainsi que (ii) favoriser la décarbonation des procédés de production industrielle.

Ces régimes d’aides sont par ailleurs simplifiés et rendus plus efficaces, notamment via la possibilité – sous certaines conditions – pour les aides à l’investissement en faveur d’installations photovoltaïques, éoliennes et hydroélectriques de petite taille ou aux technologies moins matures (telles que l’hydrogène renouvelable) d’être octroyées en dehors de toute procédure d’appel d’offres (le montant de l’aide pour ces projets pouvant alors être fixé par l’État membre sur la base des données de coûts d’investissement des projets soutenus). Dans ce cas de figure, toutefois, l’intensité de l’aide est fixée à 45% des coûts admissibles (contre 100% lorsque l’aide est octroyée à l’issue d’une procédure de mise en concurrence).

L’ETCT prévoit également désormais la possibilité pour les États membres d’octroyer, sous certaines conditions, des aides au fonctionnement (sous forme de contrats pour différence (« contracts for difference ») ne pouvant excéder une durée de 20 ans) pour la production d’énergie à partir de sources renouvelables, l’utilisation du stockage d’électricité, du stockage thermique et du stockage d’hydrogène renouvelable, de biocarburants, de bioliquides et de biogaz.

S’agissant plus particulièrement des aides en faveur de la décarbonation des activités industrielles, le nouvel ETCT en étend son application aux technologies utilisant des combustibles dérivés de l’hydrogène renouvelable. L’ETCT prévoit également un rehaussement des plafonds d’aide (le montant d’aide individuelle octroyé par entreprise ne pouvant dépasser 10% du budget total disponible pour le régime concerné ou 200 millions d’euros) et une simplification du calcul des aides et des coûts admissibles (ces derniers pouvant désormais correspondre aux coûts d’investissement liés au projet concerné, l’intensité de l’aide ne pouvant alors, dans ce cas, dépasser 60% de ces coûts pour les investissements permettant une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% ou plus).

– introduit de nouvelles mesures, applicables jusqu’au 31 décembre 2025dont l’objet est d’accélérer les investissements dans les secteurs identifiés comme stratégiquespour la transition vers la neutralité carbone, à savoir :

i.   la production d’équipements (batteries, panneaux solaires, turbines éoliennes, pompes à chaleur, électrolyseurs et équipements pour la capture et le stockage du dioxyde de carbone) ;

ii.  la production de composants essentiels utilisés comme intrants directs de la production des équipements listés ci-dessus ; et

iii. la production et le recyclage des matières premières critiques correspondantes.

Pour ces secteurs, les États membres pourront :

  • d’une part, mettre en place des régimes d’aides permettant d’octroyer des aides à l’investissement (sous forme de subventions directes, avantages fiscaux, prêts, etc.), dont la compatibilité avec le marché intérieur sera présumée notamment si l’intensité d’aide n’excède pas 15% des coûts admissibles (c’est-à-dire les coûts d’investissement liés aux projets concernés) et si le montant d’aide n’excède pas 150 millions d’euros. Ce seuil d’intensité et ce montant d’aide sont toutefois réhaussés pour (i) les investissements dans les zones assistées désignées dans la carte des aides à finalité régionale, (ii) les investissements réalisés par des PME, mais aussi lorsque l’aide est octroyée sous la forme d’avantages fiscaux, de prêts ou garanties. Des garde-fous sont par ailleurs prévus afin d’éviter que les investissements productifs ayant bénéficié d’un soutien étatique sur cette base n’aient finalement pas lieu dans l’UE ou soient délocalisés dans un autre État membre.
  • d’autre part, dans des cas exceptionnels, octroyer une aide individuelle jusqu’à concurrence du montant de l’aide que le bénéficiaire pourrait recevoir pour un investissement équivalent dans un pays tiers à l’UE ( « matching aid »). Mesure « phare » du nouvel encadrement, cette possibilité est néanmoins subordonnée à l’existence d’un risque réel et sérieux de captation ou de délocalisation des investissements en dehors de l’UE. Par ailleurs, afin d’éviter un risque de distorsion de concurrence, et à terme, de fragmentation du marché intérieur , ce type d’aide ne peut concerner que des projets qui (i) sont situés entièrement dans des régions assistées (désignées dans la carte des aides à finalité régionale) ou, en cas d’investissements transfrontaliers, dans au moins trois États membres, avec une part importante de l’investissement ayant lieu dans au moins deux zones assistées et qui (ii) sont relatifs à des technologies de production de pointe du point de vue des émissions environnementales.
    Pour l’ensemble de ces nouvelles mesures (régimes d’aides et matching aid), les entreprises bénéficiaires devront notamment s’engager à maintenir les investissements dans la zone concernée pendant au moins cinq ans, ou trois ans dans le cas des PME, après l’octroi de l’aide.

Rappelons ici que, contrairement au RGEC, l’ETCT ne dispense pas les États membres de l’obligation de notification des aides individuelles et des régimes d’aides, avant leur mise en œuvre. Pour les matching aids, la nécessité d’une notification individuelle par projet constitue une garantie procédurale additionnelle importante.

L’ETCT révisé adopté le 9 mars 2023 est applicable aux aides non notifiées octroyées à compter du 9 mars 2023 et au plus tard le 31 décembre 2025.

Les autres dispositions de l’ETCT (relatives, par exemple, aux aides destinées à compenser l’augmentation des prix de l’énergie, etc.) restent, quant à elles, applicables jusqu’au 31 décembre 2023.

 

III. De nouvelles initiatives législatives complémentaires pour soutenir les investissements dans les technologies vertes stratégiques

Toujours dans le cadre du plan industriel du Pacte Vert, et en complément de l’assouplissement des règles relatives aux aides d’État, la Commission a publié le 16 mars 2023 deux nouvelles propositions de règlements : le « Net Zero Industry Act » (le « NZIA »), lequel vise à favoriser et augmenter la production de technologies vertes au sein de l’UE par la mise en œuvre d’un cadre réglementaire prévisible et simplifié, et le « Critical Raw Materials Act » (le « CRMA »), qui vise, quant à lui, à sécuriser l’approvisionnement de l’UE en matières premières critiques à la construction des technologies propres, tels que les métaux pour les batteries (lithium, cobalt). Ces propositions sont adoptées sur le fondement de l’article 114 du TFUE et visent ainsi à l’harmonisation des législations nationales au sein de l’UE en faveur de la transition verte.S’agissant plus particulièrement du NZIA, celui-ci vise des technologies « zéro net » considérées comme stratégiques pour atteindre les objectifs de neutralité climatique affichés par le plan industriel du Pacte Vert, à savoir : l’énergie solaire (photovoltaïque et thermique), l’énergie éolienne (terrestre ou en mer), les batteries et le stockage, les pompes à chaleur et l’énergie géothermique, les électrolyseurs et les piles à combustible, le biogaz et biométhane, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, ainsi que les technologies des réseaux électriques (« GRID technologies »), les technologies des carburants de substitution durables, les technologies avancées de production d’énergie à partir de processus nucléaires avec un minimum de déchets issus du cycle du combustible, les petits réacteurs modulaires et les combustibles connexes les plus performants.

Le NZIA fixe un objectif cadre précis, qui est de garantir qu’au moins 40 % de la demande de l’UE en matière de technologies à zéro émission nette soit satisfaite au niveau européen d’ici à 2030.

Pour atteindre cet objectif, lequel est avant tout politique et ne constitue pas une obligation légale, le NZIA prévoit notamment :

  • la mise en place de régimes d’autorisations simplifiés et accélérés pour les projets d’investissements portant sur les technologies « zéro net » et considérés comme stratégiques  en application de certains critères. L’allégement de la charge administrative passera également par la mise en place d’un guichet unique au niveau national pour l’octroi des autorisations.
  • l’obligation pour les pouvoirs publics de prendre en compte des critères de durabilité et de résilience concernant les technologies « zéro net » dans le cadre des marchés publics ou des enchères, afin de faciliter l’accès des technologies vertes à ces marchés.
  • l’élaboration de normes destinées à soutenir le développement technologique et la création d’une main d’œuvre qualifiée sur laquelle reposera la production de technologies à « zéro net » dans l’UE.
  • une amélioration de l’accès au financementvia la création d’une plateforme « Europe zéro net » pour coordonner les actions et les échanges entre États membres et avec la Commission et recenser les besoins financiers des projets dans l’UE. La Commission a, en outre, proposé conjointement la mise en place d’une Banque européenne de l’hydrogène (proposition ici) pour subventionner ce secteur en particulier.

Des informations complémentaires sur le NZIA, figurent dans le communiqué de presse (ici) et le factsheet (ici – en anglais uniquement). S’agissant du CRMA, il est renvoyé au communiqué de presse de la Commission (ici).

Ces propositions de règlements doivent encore être examinées et approuvées par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, avant leur adoption et leur entrée en vigueur.